AMBIANCES

Révolte consommée

Fruxiniol – 10 juin 2016

Le titre n’est pas de moi. C’est un clin d’œil à un brillant ouvrage de sociologie consacré au mythe de la contre-culture, écrit par deux punks philosophes, Joseph Heath et Andrew Potter. Et ça semble coller plutôt bien à ce que j’ai observé hier soir sous le Chapiteau.

L’ennui VIP
Vieux hits des nineties
Peu de mouvement
Public amorphe hésitant à se lancer dans un petit déhanché hasardeux
De beaux tissus et de jolies étoffes, dans des coupes toujours renouvelées

Les modes passent, et les gens écoutent Cranberries en 2016.

Résurgence de souvenirs d’il y a vingt ans.
De l’œil de perdrix dans des verres en verre
Une pseudo-révolte qui se noie un jeudredi
Le son d’une salle de bains sur un plateau télé
Mouvements de tête presque rock et souliers vernis
On sent que le type a envie mais il n’ose pas
Léger manque de conviction, quelques passages à vide

Faut dire que la chanson est un peu de la soupe
La magie n’opère pas
L’ennui guette
Il est temps de retourner chercher un contenu pour le gobelet, à défaut de sens dans la vie, voire d’entrain en général.
Dolores annonce LA chanson. Quel manque de classe, elle déçoit presque sur ce coup. Elle aurait simplement pu se contenter de lancer les premiers accords de guitare, et le public, pas complètement ignare somme toute, aurait pu secouer la tête et manifester sa grande joie de reconnaître le seul morceau dont il se rappelle depuis tout ce temps, et toutes ces histoires qui n’ont pas été vécues.

Zombie a été écrite en mémoire de Jonathan Ball et Tim Parry, tués en 1993 par l’Armée républicaine irlandaise provisoire lors des attentats de Warrington. Elle fait référence à l’Insurrection de Pâques à Dublin en 1916, qui fut un véritable échec dans un bain de sang, avec quatre cent morts et deux mille six cent blessés. Sous le Chapiteau, la foule hurle à tue-tête Zombie, sans forcément se soucier du sens de la chanson. Sans doute pensent-ils qu’ils ont des morts-vivants dans la tête.

Sur l’estrade VIP, le rock se meurt gentiment, année après année. La contestation se laisse étouffer, on préfère oublier l’histoire, voire même mieux ne rien savoir. Le conformisme a eu raison de la révolte. Les choses tristes, c’est pas sexy, c’est pas vendeur. Mieux vaut aller chercher un mojito.